
Mon avis:
Je suis allé voir ce film un soir de pluie sans réelle conviction. Et là, bonne surprise pour ne pas dire très bonne surprise!
Critique acide du petit monde du gouvernement, ce film nous décrit de l’intérieur ce monde bien à part, parfois même pire que ce qu’on pourrait l’imaginer! Un monde où tout n’est que rhétorique, promesses vaines ou jamais tenues et où les protagonistes n’ont pour seul et unique intérêt leur propre intérêt.
Un film qui donne matière à réfléchir sur « Qui sont ceux qui nous gouvernent? Quelle image donnent-ils ou vent-ils donner d’eux? Et qui sont-ils vraiment? ». A travers un thriller d’un style peu commun, l’on explore les travers de l’Etat, le côté obscur de la politique en quelque sorte…
Un portrait pas très reluisant du monde politique mais qui paraît malheureusement affreusement réaliste! Une réussite totale du 7ème Art qui mérite un « A » majuscule dans ces cas-là!
Cf site web Diagonal ci-dessous pour synopsis du film.
L’exercice de l’État
Pierre schoeller
France, 2011, 1 h 55, avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman,
Laurent Stocker, François Berléand…
Un certain regard-cannes 2011
Une plongée charnelle et vibrante dans les entrailles du pouvoir.
Une oeuvre politique majeure, époustouflante par la justesse et la pertinence de son regard. Avec un olivier Gourmet magistral dans le rôle d’un ministre des transports.
Brutalement, nous retrouvons au saut du lit le ministre des transports, Bertrand Saint-Jean. Un car scolaire est tombé dans un ravin. Tout doit aller très vite. Saint-Jean doit trouver les mots justes et la cravate qui passe bien à la télé.
Dès ces premières scènes se dessinent toutes les nuances d’un film qui analyse brillamment l’exercice de l’État. Sans doute, le ministre ne néglige rien pour soigner son apparence et distiller une intervention qui devra avoir une belle résonance dans les médias. Mais l’homme est également tenu de s’impliquer concrètement. Il ira sur le lieu de l’accident, se recueillera devant les cadavres des enfants, réconfortera les familles.
Ainsi, le regard du cinéaste se concentre sur deux éléments bien distincts de l’exercice du pouvoir. D’un côté, il y a la promptitude de la réaction, la stratégie de la communication, la volonté d’installer la moindre action dans le contexte étouffant des rapports de pouvoir. On est dans une logique dominée par le cynisme, le culte de l’apparence. Mais le cinéaste a l’intelligence d’explorer une autre facette de la mécanique du pouvoir. Celui-ci est exercé par des hommes et des femmes qui d’une manière ou d’une autre doivent se coltiner le réel. Et Olivier Gourmet excelle dans sa manière d’incarner l’homme d’État. Il n’arrête pas de bouger, crie ses ordres à la volée, multiplie les phrases assassines, distille bons mots et pensées courtes, bouscule ses collaborateurs et leur reproche de ne pas anticiper. Il doit soigner son image (trop floue pour les médias), négocier avec ses collègues au gouvernement, prévoir les coups bas… Mais à certains moments, il se rend compte que le choc de la vie n’est pas une abstraction. Ainsi, on n’hésite pas à considérer le film de Pierre Schoeller comme un des plus beaux films politiques de ces dix dernières années. Il nous montre les travers de l’exercice de l’État (la seule logique de la vitesse et de précipitation, la dictature des sondages, les rapports de forces entre partenaires, la manipulation de l’opinion, les stratégies machiavéliques…) mais, à aucun moment, le réalisateur ne nous fait glisser sur la pente du poujadisme rampant qui condamnerait irrévocablement l’ensemble du monde politique. Grâce à un sens du récit et de la mise en scène remarquables, le spectateur est embarqué dans un tourbillon d’énergie, une mécanique en folie qui se décline comme un thriller. D. Habran, Les Grignoux